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Le Magazine Ile-des-Soeurs
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Un reportage à nuancer

Article mis en ligne le 5 octobre 2006 à 11:26
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Un reportage à nuancer
L'émission LA FACTURE (Radio-Canada) du mardi 26 septembre dernier a propulsé la gestion des copropriétés divises à l'avant scène.

En orientant tout le reportage sur 3 personnes dans un seul immeuble qui en compte au moins 350, on a lancé un cri d'alarme principalement sur les aspects de l'administration et de la gestion du fonds de prévoyance.

J'aimerais relever une ironie savoureuse de ce reportage alors qu'en début d'émission le présentateur se pavane devant deux copropriétés connues de l'Ile des Sœurs qui ont la réputation d'être bien gérées et dont les fonds de prévoyance semblent bien garnis. Une petite incursion vers ces deux syndicats aurait peut être atténué l'aspect alarmiste qu'a pris soin de transcender le reportage.

Par la même occasion, il aurait été intéressant d'enquêter chez les voisins de la copropriété du reportage : on y aurait vu que les Syndicats des Verrières 1 à 6 sont bien gérés, présentent des bilans financiers remarquables et offrent un style de gestion enviable. Il y a les autres voisins comme les syndicats Champlain, Pyramide, Loggia, Château Corot pour ne nommer qu'eux où les copropriétaires, dans l'ensemble, ne se plaignent pas. On y aurait vu une gamme complète de copropriétés gérées par des copropriétaires, ou par des gérants professionnels, ou par une combinaison des deux.

Un coup parti, il y a des milliers de copropriétés au Québec. Nous en connaissons de Val d'Or à Rimouski; de la Beauce à Gatineau. Il y en a des petites et des plus importantes. Il y en a qui sont en problèmes et d'autres qui vivent un paradis sur terre. N'est-ce pas là le reflet de la vie en société ?

Contrairement à ce qui s'est dit durant le reportage, il n'y a pas d'Omerta en copropriété divise. Il y a certes des copropriétaires gênés, nous en convenons. Mais il suffit d'assister à une assemblée de copropriétaires pour se rendre compte que le terme (insultant) d'Omerta ne peut en aucun cas s'appliquer aux copropriétaires du Québec. Cependant, ces copropriétaires ne débattent pas des grands et petits enjeux de leur copropriété sur la place publique, mais en privé et il n'y a rien pour les réduire au silence !

Nous ne savons pas ce qui se passe en France sauf qu'il y a quelques années, il y eu un scandale d'une gravité telle au niveau des gestionnaires professionnels (nommés syndics) que l'État français a modifié la loi pour permettre aux copropriétaires de les foutre à la porte. Cela a suffit à stopper les demandes d'accréditation à tout vent véhiculées par les inconditionnels de la « licence » pour tout et tous.

L'investissement dans une copropriété est une décision du plus pur capitalisme. En Amérique comme en Europe. C'est aux copropriétaires à décider, en collectivité, s'ils désirent faire gérer leurs biens par des étrangers, par des firmes, par des personnes qui s'affichent professionnelles ou tout simplement par des copropriétaires comme eux. L'assemblée des copropriétaires peut se donner le pouvoir de décider de son mode de gestion. Il suffit de l'inscrire à la déclaration. Pas besoin de gouvernement et de loi pour cela. Il me semble qu'on devrait être assez grand, quand on investit des centaines de milliers de nos dollars, pour décider soi même du genre de gestion qu'on souhaite pour notre bien.

C'est dommage pour les deux copropriétaires victimes d'infiltration d'eau et elles ont toute notre sympathie. Mais il y a plus de 300 copropriétaires dans cet immeuble de 201 condos. Nous n'en avons rencontré que 3 dont 2 avec un problème. Il semble y en avoir 298 autres qui, s'ils ont des problèmes, n'ont pas jugé bon de les débattre sur la place publique ou qui semblent satisfaits. Personne ne peut parler de catastrophe dans ce dossier.

Il est important de souligner que la copropriété du reportage est l'une des premières au Québec à mettre en œuvre un projet de réhabilitation de l'immeuble de cette envergure. Il a fallu beaucoup de courage et de détermination à ces copropriétaires qui ont voté à plus du trois-quarts des voix un plan directeur de réparations de l'immeuble. Ne vous y trompez pas, plusieurs autres suivront au cours des prochaines années et devront faire face à l'usure du temps. Il ne s'agira pas de désastre mais bien d'entretien et de remplacement des composantes ayant atteint la fin de leur cycle de vie utile.

D'ailleurs, dans la copropriété du reportage, les copropriétaires ont massivement renouvelé le mandat des membres sortant du conseil d'administration à la dernière assemblée annuelle. C'est peut-être signe que tout ne va pas si mal à cet endroit.

Sachez que nous sommes très contents des reportages comme celui de la Facture. Ils nous aident à compléter l'éducation que nous faisons depuis 30 ans maintenant auprès de milliers de personnes qui sont passées sur les conseils d'administration de milliers de syndicats de copropriété au Québec. Nous disons et répétons que le fonds de prévoyance est non seulement obligatoire mais essentiel. Qu'il doit être correctement alimenté et appuyé par un solide programme d'entretien préventif.

Nous travaillons très fort pour que les copropriétés du Québec respectent la loi afin d'éviter les lois massues comme a connu la majorité des provinces canadiennes concernant la gestion des fonds de prévoyance. Lois lourdes, coûteuses et farcies de clauses à problèmes. Lois parfaites pour les avocats de litiges.

Nous aurons toujours notre lot de gestionnaires incompétents et de copropriétaires encore pires. Mais nous nous consolons en sachant que la très grande majorité des personnes vivant en copropriété divise, gestionnaires, administrateurs et copropriétaires, a conscience du bien qu'elle gère collectivement et prend les mesures nécessaires pour le conserver en bon état.

L'émission de la Facture a permis à trois copropriétaires de faire connaître leurs sentiments personnels sur une situation précise mais le reportage donne une image incorrecte de la vraie situation en copropriété au Québec. Dommage!
Président et directeur général

Association des syndicats de copropriété du Québec (ASCQ)

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