La position adoptée par le Parti conservateur face à la création de la coalition formée du Parti libéral et du Nouveau Parti démocratique, avec l’appui du Bloc québécois, ne fait pas l’unanimité au sein des troupes. Dénonçant l'arrogance de la formation et de son chef Stephen Harper, Daniel Beaudin, candidat conservateur dans Jeanne-Le Ber lors de l’élection du 14 octobre dernier, vient de claquer la porte du parti.
«Je ne peux plus être associé à un parti au pouvoir qui accuse un autre parti de l’Opposition, quel qu’il soit, d’être anti-démocratique parce qu’il n’a pas la même pensée ou la même vision que lui», a fait savoir M. Beaudin dans une lettre expédiée le 5 décembre à Dimitri Soudas, conseiller politique du premier ministre Stephen Harper, en réponse à l’invitation lancée par le PC en vue de la manifestation tenue le 6 décembre devant le bureau de Stéphane Dion, à Montréal (document intégral au
www.lavoixpop.com).
Le PC s’est retrouvé dans l’eau chaude, le 27 novembre, avec le dépôt de son énoncé économique prévoyant, entre autres, la fin du financement public aux partis politiques, la suspension dans le secteur public et dans certaines sociétés d'État du droit de grève pour des motifs liés aux salaires et l’interdiction de recourir aux tribunaux pour régler les cas d'équité salariale. Pour Daniel Beaudin, ces mesures «constituaient une erreur et n’auraient jamais dû faire partie d’un énoncé économique à la veille de ce que plusieurs voient comme le début d'une grave crise économique mondiale.»
«Le Parti conservateur aurait dû admettre immédiatement cette erreur stratégique... et l'assumer, soutient-il. Il n’aurait pas dû blâmer l’opposition pour leur alliance mais plutôt, en véritable leader, trouver une solution pour continuer à gouverner […].»
Cette «erreur stratégique» a mené à la création d’une coalition entre les partis d’opposition. Et Daniel Beaudin ne voit rien là de contraire aux règles du parlementarisme canadien. «Les 308 députés qui forment l'actuelle Chambre des communes ont été élus démocratiquement […], rappelle-t-il. Les alliances stratégiques entre les partis existent depuis toujours et le Parti conservateur n’a jusqu’à ce jour jamais renié ce principe légitime et perçu comme démocratique tant au Parlement que par la population en général.»
Pour l’ex-conservateur, c’est le Québec qui s’avère «le grand perdant de cette tempête injustifiée qui aurait pu être prévenue».
«C’est lui qui fait les frais de cette bévue», estime-t-il, les événements ayant débouché sur ce qui prend des allures de crise d’unité nationale.
«Quand les gens de l’Ouest regarderont cette manifestation à la télévision demain soir, écrit M. Beaudin en référence aux rassemblements anti-coalition organisés un peu partout au pays le 6 décembre, ils ne diront pas que la démocratie est en danger mais plutôt :
Look what the separatists did again». Et pour Daniel Beaudin, «quand cette perception s’installe, c’est le Québec au complet qui perd.»
«Le PC a, d'une part, fait le pari de mettre en cause la valeur représentative de la majorité des élus du Québec et, d'autre part, suscité un sentiment d’amertume chez un grand nombre de Québécois, dont je suis», déplore M. Beaudin.