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L'histoire de CKVL-Verdun est l'affaire du pionnier Jack Tietolman

La démolition de l'édifice est remise en question

Alexandre Gauthier par Alexandre Gauthier
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Article mis en ligne le 2 décembre 2008 à 17:38
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(Photo: Courtoise)">L'histoire de CKVL-Verdun est l'affaire du pionnier Jack Tietolman
L'édifice de la station CKVL a finalement été détruit. (Photo: Courtoise)
L'histoire de CKVL-Verdun est l'affaire du pionnier Jack Tietolman
La démolition de l'édifice est remise en question
Bien que rien à Verdun ne représente la contribution de Jack Tietolman à l'essor de la municipalité dans les années 40 et 50, il faut reconnaître que le propriétaire de la station de CKVL sur la rue Gordon est un pionnier de la radio montréalaise. Il a notamment permis à la culture et à l'économie de faire bon ménage en sol verdunois.
Ce constat est le fruit d'une recherche colossale que Gilles Laberge, historien et spécialiste du patrimoine du Sud-Ouest de Montréal, a effectué pour retracer les débuts de CKVL.

Une vingtaine de citoyens rassemblés à la Salle Canadiana du Centre culturel de Verdun jeudi soir dernier ont pu revivre le contexte d'antan qui a amené M. Tietolman à fonder cette station de radio à Verdun, en écoutant attentivement l'historien raconter les débuts de CKVL. L'événement se déroulait dans le cadre d'une conférence offerte par la Société d'histoire et de généalogie de Verdun
Bâtiment démoli
«Géant connu de tous, CKVL a débuté à diffuser le 3 novembre 1946. Devenu une institution culturelle après la Deuxième Guerre mondiale, qui a laissé des traces à Verdun, CKVL a trôné au sommet des stations radiophoniques pendant des décennies à Montréal», a relaté M. Laberge.

Aujourd'hui, la station est fermée et l'édifice Wood Hall, non loin du défunt Collège Commercial, a été démoli. Certains citoyens présents à la conférence ont d'ailleurs remis en question sa destruction. «Est-ce une perte qu'on pourrait regretter à Verdun d'un point de vue historique?», a demandé une dame.

«Avant sa démolition, l'édifice abritant CKVL était considéré comme un site patrimonial, mais n'avait pas encore été reconnu comme tel par les autorités municipales. Chose certaine, c'est un élément de l'histoire qui a maintenant disparu», a répondu l'historien, en déplorant la situation.

«De plus, c'est dans la salle de danse de cet édifice que se produisait Oscar Peterson», a souligné un autre citoyen. Ce dernier a toutefois fait remarquer que l'édifice était devenu irrécupérable et qu'une résidence pour personnes âgées autonomes devait être construite à cet endroit.
Jouer de la radio
À l'époque, Verdun était la troisième ville en importance au Québec et la 13e au Canada, avec 67 000 habitants, alors que le secteur ouest et L'Île-des-Sœurs n'étaient pas encore développés. Mais elle ne possédait pas d'antenne radiophonique. M. Tietolman, à qui on avait refusé une licence de diffusion en 1936, mais qui a fondé le journal Radio Monde en 1938, a finalement obtenu le feu vert pour opérer une radio bilingue à Verdun en 1946, sur la fréquence 990 AM, qui est devenue 890 puis 850.

Son ambition était d'acheter CFCF, mais le CRTC a refusé en 1952, puis même la vente de sa station, évaluée à une dizaine de millions $, n'a pas été approuvée. Au décès de M. Tietolman, en 1995, les gens des médias admettaient que tous, ou presque, avaient fait ses premières armes à CKVL-Verdun.

Homme à tout faire, ce propriétaire qui possédait aussi l'agence GBC (General Broadcasting Compagnie) aurait été un véritable visionnaire en s'emparant du marché laissé vacant de l'ouest de l'île de Montréal et en innovant constamment dans les façons de faire. «Il vendait, écrivait et chantait les annonces pour la radio. Le personnage ratissait large dans le domaine et faisait à son goût, ou à sa tête!, au déplaisir des concurrents», a relaté M. Laberge.

À l'époque des radio-romans, radio-théâtre, spectacles, quiz et nouvelles, les événements étaient diffusés sur le moment dans les radios, même l'opéra en direct de New-York. La radio rejoignait alors 80% de la population. À CKVL, le Réveil provincial donnait notamment l'heure chaque deux minutes, la météo et des conseils. Roger Baulu et Jacques Normand ont été des animateurs vedettes pour cette station.
Explosion démographique
Quant au contexte socioéconomique de Verdun à l'époque, la croissance démographique fut fulgurante grâce, entre autres, à l'effort de guerre exceptionnel de ses citoyens.

«En une décennie après la Première Guerre mondiale, Verdun a connu la plus grande explosion démographique parmi les villes du Canada, passant de 25 000 à 60 000 habitants, notamment en raison de l'élément anglo-britannique», a précisé Gilles Laberge.

En 1941, la population était constituée à 58% d'anglophone, dont le tiers était natif des îles britanniques. La loyauté de ces derniers à la Reine a culminé en un sommet de mobilisation pour la Deuxième Guerre mondiale, puisque 7000 adultes, soit entre 33% et 50% des hommes de 18 ans et plus de Verdun, sont allés au front. Pendant ce temps, les femmes les ont remplacés dans les usines. L'historien estime que les retombées ont été positives, car la population a atteint 80 000 personnes en 1956, une fois la construction terminée sur le territoire de la terre ferme.

Bien sûr, il y a eu une crise du logement, avec une hausse des loyers, qui a désabusé les familles de militaire, car les propriétaires étaient majoritairement des francophones qui n'étaient pas allés à la guerre, mais Verdun demeurait l'endroit beau, bon, pas cher pour vivre à Montréal. Le développement de l'artère commerciale Wellington a fait de celle-ci un incontournable de l'économie montréalaise et québécoise à l'époque.

Des guerres sont restées, entre autres, le bâtiment D.I.L. (Defense Industry Limited) et la rue Buerling en l'honneur de cet aviateur qui a combattu en héros. Verdun doit aussi à la tradition britannique conservatrice le fait de ne pas avoir de débit de boisson et d'hôtels sur son territoire même aujourd'hui, par crainte des ravages et de la moralité publique.

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