Un pont inquiétant
Selon plusieurs experts, le pont Champlain montrerait des signes inquiétants de dégradation. Les scénarios les plus catastrophiques évoquent des risques d'effondrement d'une partie de la structure... D'autres experts contredisent cette analyse, mais les plus optimistes reconnaissent quand même que le pont requiert des réparations importantes et urgentes.
Une chose est bien certaine: il faudra investir, au cours des dix prochaines années, environ 200 millions de dollars par année à des travaux d'entretien et de réparation. On parle donc d'une facture totale de 2 milliards de dollars.
Les opinions des experts divergent sur l'ampleur de la dégradation de ce pont et sur les mesures qui s'imposent pour le rendre plus sécuritaire. Il reste que des travaux importants devront être réalisés sur la structure de cette voie d'accès importante à l'île de Montréal. Le pont a été ouvert à la circulation en 1962 et il a donc une existence de 46 ans. Ce n'est pas son « âge » qui inquiète, mais le nombre imposant des véhicules qui l'empruntent (57 millions par année) et, surtout, le pourcentage important de camions lourds qui composent cet achalandage. À toute heure du jour et de la nuit, c'est un chapelet continuel de camions-remorques, qui envahit la chaussée de ce pont, dans l'une ou l'autre des directions.
Pour la majorité des résidants de L'Île-des-Soeurs, la fermeture prolongée du pont Champlain ne serait pas une grande catastrophe. Les plus grandes menaces de l'île seraient, du coup, éliminées... On se débarrasserait d'une grande partie de la pollution atmosphérique et du bruit générés par les centaines de milliers de véhicules qui y passent, quotidiennement. On pourrait entrer et sortir de l'île, sans délai car les autoroutes 15 et Bonaventure seraient pratiquement désertes. On n'aurait même plus besoin de ce troisième pont tant décrié par les tenants du « pas dans ma cour »... Et les méchants « tricheurs » de la Rive Sud n'auraient plus aucun intérêt à venir encombrer les rues de l'île!
Il est peu probable que l'on en vienne à fermer le pont. Il faut plutôt s'attendre à ce que l'on y effectue des travaux qui risquent d'avoir leur part d'inconvénients pour les résidants de l'île. On voudra sans doute fermer certaines voies, pendant de longues périodes, ce qui engendrera des bouchons de circulation encore plus importants, aux approches de l'île, en fin de journée.
Ces diverses hypothèses contribuent à souligner la nécessité d'un plan de transport plus réaliste et mieux adapté aux besoins du XXIe siècle. On continue de parler de « réparations », de « mesures d'urgence », de « fermetures temporaires »... Il ne se passe un seul été, sans que les grands réseaux routiers de la région métropolitaine ne soient affectés par des détours, des voies bloquées... Et tous ces dérangements ne répondront qu'aux besoins qui prévalaient il y a dix ou quinze ans.
Sur le plan de la circulation automobile, je pense que la bataille est perdue. Les structures gouvernementales ne seront jamais en mesure de répondre aux besoins futurs, en temps opportun. Elles sont paralysées par leurs priorités électorales et leur dépendance à la fonction publique.
Il reste un espoir et c'est le transport en commun. Puisqu'on ne peut répondre aux besoins des automobilistes, pourquoi ne pas chercher des moyens pour en réduire le nombre? Les solutions existent et leur réalisation dérange bien moins de gens que les travaux routiers.
Encore là, il faudra être prêt à sortir des sentiers battus. Ainsi, on constate qu'il y a une augmentation fulgurante de l'utilisation des « autobus express » et des trains de banlieue et que les usagers sont prêts à débourser des sommes supplémentaires pour y avoir accès. Qu'est-ce qu'on attend pour développer ce créneau, quitte à recourir à l'entreprise privée pour y arriver dans des délais plus réalistes?
Il reste que, présentement, certains éléments des structures du pont Champlain sont très inquiétants. À défaut d'en interdire l'accès aux automobilistes qui doivent l'emprunter quotidiennement, on pourrait peut-être envisager la possibilité d'en écarter les véhicules les plus lourds. Cela compliquerait sans doute le transport et la livraison des marchandises, mais l'impact d'une telle mesure serait quand même moins important que sa fermeture complète, ou pire, une catastrophe comme celle du pont sur la rivière Mississipi où périrent 13 personnes, en août 2007. Comme notre pont Champlain, celui de Minneapolis a été complété dans les années 60 et était emprunté quotidiennement par environ 150 000 véhicules...