« Tassez-vous: les affiches arrivent! »
Le Canada est engagé à fond dans une campagne électorale qui, selon plusieurs observateurs, risque d'être « sale » à plusieurs pointe de vue. Mais ce ne sont pas seulement les candidats qui seront victimes de coups vicieux, durant les prochaines semaines; le public en sera la cible bien involontaire.
Aucun citoyen, à moins d'être un handicapé visuel, ne peut échapper à l'envahissement des affiches des candidats et des partis politiques. Elles sont omniprésentes et multicolores et malheur à celui qui oserait tenter de les enlever ou les modifier. D'ailleurs, ce serait peine perdue: une équipe de courageux bénévoles est à l'oeuvre, jour et nuit, pour remplacer ou réparer sans délai tout panneau qui pourrait avoir été endommagé.
Dès les premières heures de la confirmation de ces élections générales, dimanche dernier, on a vu apparaître ces panneaux publicitaires. Ils envahissent tous les espaces publics disponibles et, de préférence, ceux qui risquent le plus d'être dans le champ de vision des automobilistes. On n'a plus le droit, au Québec et en bien d'autres provinces, de se laisser distraire par son téléphone portable, quand on est au volant, mais on est forcé (oui, j'écris bien « forcé ») de se laisser déranger par les omniprésentes affiches électorales.
N'en déplaise à mes amis souverainistes, cette agression n'est pas imposée aux citoyens par une loi fédérale. Les gouvernements provinciaux et municipaux auraient tout le loisir d'adopter un règlement pour en interdire ou, à tout le moins, en limiter la diffusion. Mais, aucun député provincial ou conseiller municipal ne s'engagera dans cette voie, car ils sont les premiers à exploiter cette forme de publicité.
Ce qui m'étonne encore plus, c'est de constater que les plus grands défenseurs de l'environnement sont très silencieux, sur ce dossier. Les Dion, Duceppe et Layton se lèvent fréquemment en Chambre, pour dénoncer les failles des Conservateurs, dans les dossiers environnementaux. Qu'attendent-ils pour passer de la parole aux actes en évitant de polluer l'environnement avec leurs affiches électorales? On constate vite qu'entre les beaux discours et l'action concrète, il y a une énorme différence!
Je ne suis pas le premier à écrire sur ce sujet et je ne serai pas le dernier, malheureusement. Les pancartes électorales ont des alliés aux plus hauts niveaux et les politiciens de tous les partis sont unanimes quand vient le temps de se porter à leur défense.
Je suis convaincu que ce ne sont pas les citoyens qui réclament le maintien de cette pratique. Elle n'a d'ailleurs aucun avantage, sur le plan démocratique. Tous les candidats exploitent cette forme de publicité, de sorte qu'ils se retrouvent sur un même pied, à moins de ne pas disposer d'un financement suffisant. Et le pire, c'est que ce sont tous les contribuables qui paient pour ces pancartes car elles sont remboursables par le gouvernement, en tant que dépense électorale!
On a beaucoup parlé du scandale des commandites. Tous les « purs » ont dénoncé ce gaspillage des fonds publics au profit de publicitaires peu scrupuleux. Il est étonnant de constater que ces mêmes défenseurs de l'intégrité ne se posent aucune question sur les sommes que les gouvernements consacrent à engraisser les « petits amis » qui fabriquent les affiches électorales.