La vitesse tue-elle vraiment ?
Je ne sais pas pour vous, mais moi j’en ai ras le pompon d’entendre la sainte rhétorique de la vitesse qui tue. Je tente aujourd’hui d’expliquer raisonnablement pourquoi les limitations de vitesses et la répression n’ont pas les vertus que leurs prêtent les pouvoirs publics et les corps policiers.
Je suis d’avis que les hécatombes régulières sur les routes du Québec sont inacceptables. Avec plus de 700 morts par années, il y a toujours moyen de faire mieux, mais il faut garder une chose en tête, il y aura toujours des morts et visé un bilan-zéro relève de l’utopie. La province a déjà fait beaucoup de chemin depuis les années 70 où l’on rapportait plus de 1000 morts par année sur nos routes avec beaucoup moins de véhicules en circulation. La sécurité des véhicules a joué pour beaucoup dans l’amélioration du bilan routier, pas la vitesse. Nous roulons aussi vite qu’il y a 30 ans et même plus et il y a moins de décès. La vitesse est facile à cibler, mais est rarement responsable d’accidents graves. L’imbécillité au volant tue, l’inexpérience tue, l’irresponsabilité tue, un véhicule vétuste peut être mortel. La vitesse peut aggraver les circonstances, mais est rarement le facteur déterminant. Il est vrai que la pénalisation de la vitesse permet de remplir les caisses de l'État avec une efficacité remarquable tout en lui donnant bonne conscience. La répression donne bonne bouche aux instances gouvernementales. Pour justifier cette répression, on cite des statistiques alarmantes et l’on tente de nous faire croire que tous les conducteurs sont dangereux. C’est vrai qu’il y a une partie de la population qui conduit vite. Tout comme il y a une partie de la population qui fume et qui prend de l’alcool. Faut-il arrêter de vendre des produits du tabac et de l’alcool.
Or, malgré la pénalisation actuelle de l'excès de vitesse, l'augmentation considérable du trafic et le développement des autoroutes font que pratiquement toutes les voitures dépassent largement les limitations. Même le prix de l’essence n’a pas ralenti la vitesse des véhicules qui circulent sur les autoroutes du Québec. Je me fais régulièrement dépassé lorsque je roule 120 km/h sur l’autoroute. Pourtant le bilan routier s’améliore. La SQ a fait la grève, il y a quelques années et n’a pas donné de contraventions pour excès de vitesse durant presque un an. Le gouvernement a perdu beaucoup de millions, mais le bilan routier n’a pas changé et les gens pouvaient rouler aussi vite qu’il le voulait. Le bilan routier de l’Allemagne qui possède encore plusieurs tronçons de route sans li8mite de vitesse est meilleur que bien d’autres pays de l’Europe où la vitesse est sévèrement réprimée. Pourquoi toujours mettre la vitesse en cause. Les problèmes sur la route sont beaucoup plus nombreux notre force de l’ordre privilégie la facilité, font du radar dans des zones où tous les automobilistes dépassent systématiquement la limite. On blâme la vitesse mais que fait-on des excès de lenteur, notamment sur voie de gauche, ou le conducteur manque de civisme et de respect d'autrui, comme si la route était à monopoliser et non à partager. Quant aux voitures vétustes ou mal entretenues qui, aujourd'hui, sont encore très nombreuses sur les routes, il suffirait, pour s'en débarrasser, d'instaurer un contrôle technique périodique et sérieux, avec obligation de réparer pour que le véhicule soit autorisé à circuler. Bref, si l'on s'était livré à une traque plus efficace - mais plus difficile à décider et à mettre en œuvre ! - de l'irresponsabilité et de la délinquance.
En conclusion, si la vitesse est bien un facteur aggravant, et si les très gros excès de vitesse sont condamnables, la VITESSE ne tue pas. Le phénomène est beaucoup plus complexe. La congestion du trafic, l'énervement de ceux qui les subissent et l'entêtement de ceux qui s'instaurent en justiciers sont des comportements beaucoup plus dangereux que la vitesse et la répression que le gouvernement et les corps policiers exercent ne va qu’amplifier des comportements dangereux. Si la vitesse. Si la vitesse était vraiment la cause essentielle d'accidents, le bilan routier aurait dû diminuer beaucoup plus, puisque la surveillance de la vitesse est en principe destinée à limiter ou faire régresser l'hécatombe routière. Or, ce n’est pas le cas, les policiers ne surveillent que très peu les zones à risque, on surveille les zones payantes.
Benoit Charette est co-propriétaire et rédacteur en chef de l’Annuel de l’Automobile 2008. Il anime également l’émission En Voiture tous les Samedis à 16 :00 sur les ondes du 98,5 FM de Montréal et le réseau Corus Québec ou via internet au
www.985fm.ca
Daniel Herk
Commentaire mis en ligne le 17 juin 2009@ Francine Ducharme, très désolant des histoire comme ca mais il faut réussir a faire la part des choses dans tout ca, relis l'Article "...L’imbécillité au volant tue, l’inexpérience tue, l’irresponsabilité tue, un véhicule vétuste peut être mortel..."
La vitesse n'a jamais tué personne et ne tuera jamais personne, sinon les pilotes d'avion de chasse seraient tous mort.
C'est l'arrêt brusque qui tue mais pas la vitesse.