Kim Yaroshevskaya a livré le parcours de sa vie en toute intimité. (Photo: Courtoisie)
La «fabluleuse» Kim Yaroshevskaya
Fanfreluche va raconter un beau conte à sa manière. Fanfreluche va raconter un beau conte pour vous amuser. Quarante ans après avoir incarné la célèbre poupée géante dans l'émission Fanfreluche, l’insulaire Kim Yaroshevskaya, continue de partager ses histoires extraordinaires avec le public.
L'artiste montera sur la scène du Sergent Recruteur (4801, boulevard St-Laurent) le dimanche 13 janvier à 19h30 pour raconter des contes philosophiques teintées d'humour et de sagesse venant d'Asie, d'Europe et d'Afrique. Elle utilisera encore une fois sa voix mélodieuse et caractéristique de son illustre personnage, sans toutefois revêtir son costume de ballerine. Selon les besoins du récit, son musicien-accompagnateur, Denis Poliquin, transformera sa guitare en balafon, en balalaïka et autres instruments pour mieux transporter les spectateurs dans l'univers des fables.
«J'adore les contes et j'ai une façon bien personnelle de les raconter», livre la comédienne lors d'une entrevue chez elle dans une maison offrant une vue imprenable et paisible sur le fleuve Saint-Laurent. Kim Yaroshevskaya présente d'ailleurs ses contes à travers la province sous forme de récital avec un guitariste, en trio en ajoutant un pianiste et un violoncelliste ou en concert avec divers orchestres.
Elle rêvait de danser
Pourtant, dans sa jeunesse, la conteuse rêvait plutôt d'être ballerine. Née à Moscou, la petite Kim s'établit chez une tante à Montréal à l'âge de dix ans. Elle apprend le français grâce à son amoureux, s'inscrit à l'École des beaux-arts et travaille chez Morgan (devenu la Baie) comme dessinatrice de mode. «J'avais un petit talent en dessin», précise-t-elle en désignant certaines œuvres étalées dans son appartement.
Avec sa paie, l'artiste réalise son rêve en suivant des cours de danse… en cachette! «J'avais eu la tuberculose et ma famille ne voulait pas que je m'épuise, confie-t-elle, laissant poindre son talent de comédienne. Je suis devenue bonne, fait des chorégraphies et été choisi dans une troupe.»
Mme Yaroshevskaya donne ensuite des cours de mouvement à un groupe de théâtre qui improvisait des chansons, de la danse et des sketchs. «J'ai joué avec eux, puis on nous a proposé de créer une pièce pour enfants. On a accepté, car on adorait inventer, mais il fallait trouver nos personnages et leur donner des noms.»
À cet instant, la petite Kim plonge dans son enfance. «J'ai tout de suite pensé à faire une poupée, car je n'en n'ai pas eu avant mes cinq ans. De plus, dans les ballets, je trouvais que les danseuses ressemblaient à des poupées.» Elle a ensuite trouvé, par instinct, le nom de Fanfreluche, sans jamais l'avoir entendu ailleurs.
De Fanfreluche à Grand-Mère
Le spectacle gagne alors un prix et la télévision s'intéresse aux artisans pour former La Boîte à surprise et par la suite des émissions pour certains personnages, dont Fanfreluche.
«C'est en jouant Macbeth et Richard 3 que j'ai constaté l'effet des costumes, même sans décor. Je me suis alors dit que l'émission pourrait marcher en me servant de contes inventés de toutes pièces», révèle Kim Yaroshevskaya, dont le premier texte a été La princesse sur le pois.
De 1968 à 1971, elle a écrit le scénario et joué le rôle d'une poupée géante, assise sur une grande chaise avec un immense livre de contes, qui intervenait dans les histoires. L'aventure de Fanfreluche s'est toutefois terminée après 36 épisodes. «Radio-Canada n'a pas voulu que je signe la réalisation de mon œuvre. Avoir su, j'aurais continué encore une année, car je ne me suis jamais autant amusé», révèle Mme Yaroshevskaya avec le recul.
À partir de 1977, et pendant dix ans, l'interprète de Fanfreluche marquera une toute autre génération d'enfants en jouant le rôle de Grand-Mère dans l'émission Passe-Partout.
On a aussi vu Kim Yaroshevskaya dans des séries télé (Tribu.com), au cinéma (Sonia) et au théâtre (Oncle Vania). Elle a publié La petite Kim, un livre pour enfants qui raconte des anecdotes sur sa vie, et présenté le conte musical Le petit air avec un orchestre. Elle fait également des disques et des spectacles pour les jeunes, avec ou sans Fanfreluche. En outre, Téléfilm Canada a réalisé un documentaire sur elle.
«La télévision a toujours été accessoire au théâtre dans ma carrière», soutient l'actrice qui a été professeur d'interprétation à l'École nationale de théâtre où elle dirige d'ailleurs un atelier sur les contes depuis trois ans et un sur Tchékhov avec d'anciens élèves.
Cinéma, coffrets et reprises
Pour se souvenir des personnages de Fanfreluche et de Grand-Mère, des coffrets de ces émissions ont été produits. Profitant du temps des Fêtes, Art.tv a ressorti certains épisodes des émissions jeunesse de l'époque pour les diffuser jusqu'à la fin avril. Cette chaîne de télévision a même contacté Mme Yaroshevskaya pour chanter la publicité promotionnelle de ces reprises. «C'est un projet qui me fait chaud au cœur. De plus, ça me rapporte un peu de peanuts!»
Même si elle a reçu plusieurs prix au cours de sa carrière (Mérite du français, Ordre du Canada, prix d'interprétation), Kim Yaroshevskaya affirme que c'est ce qu'on aime faire qui compte. «Pour moi, Fanfreluche est seulement un personnage que j'enfilais sur scène, comme un enfant qui joue au pompier. D'ailleurs, je ne suis pas aussi gentille et extraordinaire que Fanfreluche, car je peux être aussi têtue et méchante que n'importe qui», essaie-t-elle de faire croire.
À sa rencontre, on se demande d'ailleurs si elle ne nous conte pas encore une histoire dont elle seule a le secret, juste pour éviter de dévoiler davantage la merveilleuse personne qui se trouve derrière le personnage.