Nul doute, les odeurs, la chaleur et l’humidité des lieux sont typiques d’une serre comme on en retrouve à la campagne. Toutefois, il nous revient vite à l’esprit que nous sommes en fait sur le toit d’un bâtiment de deux étages, entouré d’autres édifices à vocation commerciale, à deux pas du boulevard de l’Acadie et du Marché Central.
Il y a environ cinq ans que l’idée d’une serre en pleine ville a commencé à germer dans la tête du Montréalais d’origine libanaise, Mohamed Hage.
Passionné des nouvelles technologies, ce dernier a fondé sa propre compagnie d’informatique à l’âge de 18 ans. Toutefois, l’agriculture qui était pratiquée par sa famille au Liban et qui était également l’une de ses passions, lui manquait.
Il commença donc à faire le tour de plusieurs fermes au Québec et ailleurs afin d’examiner les différentes pratiques agricoles. C’est alors qu’il découvrit tout le potentiel des toits urbains pour la culture, se mettant aussitôt au travail avec une équipe d’ingénieurs, d'architectes et d'agronomes pour développer ce nouveau modèle.
C’est ainsi qu’il y a un an, M. Hage mettait sur pied la toute première production agricole à vocation commerciale sur toit au monde, ici même à Montréal.
Depuis, les fermes Lufa distribuent plus de 1000 paniers de légumes par semaine à différents points de chute éparpillés sur un rayon de 10 km, couvrant ainsi une grande partie de l’île de Montréal et Laval. La récolte des légumes se fait à 5h du matin; l’équipe prépare ensuite les paniers, qui sont livrés en après-midi aux différents points de chute, dont quatre sont situés dans les environs du Sud-Ouest et à Verdun.
Les paniers sont également agrémentés d’autres produits provenant de producteurs locaux, tout dépendamment de la saison.
Une culture éthique et responsable
«Cultiver sur les toits est un nouveau modèle d’agriculture complémentaire, explique Yourianne Plante, des Fermes Lufa. Avec le développement urbain, les terres arables qui se raréfient et l’espace urbain qui se densifie, il est tout à fait logique de faire de l’agriculture en utilisant des espaces "perdus", comme des toits, pour ainsi faire pousser les aliments près des gens.»
L’agriculture en ville comporte de nombreux avantages. Premièrement, il y fait beaucoup plus chaud, les immeubles emmagasinant la chaleur durant la nuit. Les serres utilisent donc cette chaleur, chose impossible si elles étaient construites à même le sol, réalisant du même coup une économie d’énergie estimée à 50% comparée aux installations traditionnelles.
La ville est également bien sûr propice à la production de CO2, qui est essentiel à la croissance des plantes; ces dernières purifiant du même coup l’air ambiant, réduisant aussi l’effet des îlots de chaleur.
Il est également important de spécifier qu’aucun pesticide, herbicide et fongicide n’est employé dans la serre, celle-ci utilisant une méthode de lutte biologique, incluant des insectes, certaines bactéries naturelles et d'autres moyens afin de conserver un espace propre et sain, sans produits chimiques.
La serre se démarque également pour sa réutilisation de l’eau de pluie.
«L’eau de pluie est recueillie et recircule continuellement à travers l’installation, jusqu’à temps que tous les nutriments soient disparus, pour être ensuite rejetée dans le système d’aqueduc de la ville, explique Mme Plante. Nous sommes l’une des seules serres au Québec à utiliser ce système.»
Il y a environ cinq ans que l’idée d’une serre en pleine ville a commencé à germer dans la tête du Montréalais d’origine libanaise, Mohamed Hage. -
De plus, l’utilisation de l’eau n’est pas un poids supplémentaire pour le système d’aqueduc de la ville, puisque l’entrée d’eau de la serre n'équivaut qu'à celle d’un condo.
«Nous nous considérons une entreprise responsable; l’objectif est de faire du profit, mais également redonner à la communauté et encourager le développement de l’agriculture urbaine», explique-t-elle.
Il y a fort à parier que le modèle développé par les Fermes Lufa fera des petits. En effet, l’entreprise prépare une deuxième serre trois fois plus grosse à Ville Saint-Laurent qui devrait être en opération en 2013 et qui produira plus de 6000 paniers par semaine, permettant ainsi de nourrir près de 12 000 personnes. Sans compter que Les fermes Lufa ont comme objectif d’inaugurer une nouvelle serre par année au cours des cinq prochaines années…
Site web: https://lufa.com/
Points de chute dans le Sud-Ouest et les environs:
* «Fait ici», 2519, rue Notre-Dame Ouest, coin Charlevoix, 514 439-3888
* «Marché Bleuet», 2733, Notre Dame Ouest, 514 507-2404
* «Fromagerie Copette et cie», 4650, rue Wellington, à Verdun. 514 761-2727
* «L'Autre Choix – Mini Marché», 330, avenue Victoria, à Westmount, 514 369-1888

