Salade de pétrole éthique, de privatisation de l’eau, d’un immeuble de dix-huit étages inoccupés, d’oiseaux qui tombent du ciel, de gaz qui fuient. Mais rire quand même, sourire, faire la fête, commémorer la catastrophe… Bien sûr.
Année deep. Ça y est, ça commence. Bang.
Notre pétrole est éthique. Belle affaire. Je dis « notre », parce que quand même, les sables bitumineux, c’est chez nous, non? Y’a de quoi être fier. Félicitations. On est content. Et ce pétrole serait éthique, selon la patente qui va nous servir de ministre de l’Environnement, parce que le Canada est un pays démocratique.
Hallucinant. Un ministre du gouvernement Harper, probablement le moins démocratique de notre histoire.
Un peu de citron sur votre plaie ouverte?
Dernière nouvelle! La marée noire dans le golfe du Mexique était une marée noire éthique!
Un peu de moutarde sous votre nez?En France, un documentaire sur la privatisation de l’eau me rappelle la prémisse d’un roman paru en août dernier et que vous avez dévoré avec enthousiasme. Bon, oui, plogue, évidemment : ça s’appelle Zone 5. (http://www.rue89.com/planete89/2011/01/09/veolia-veut-censurer-un-docu-sur-le-business-de-leau-184349) Du sel, du sel! À Paris, un organisme d’aide aux mal-logés occupe un immeuble laissé vacant par ses propriétaires, AXA, rue Matignon, à deux pas de l’Assemblée nationale et avec vue sur L’Élysée. Trente mal-logés s’y sont déjà installés, mais la préfecture de Paris n’a pas l’air d’apprécier beaucoup… (http://www.jeudi-noir.org) Dans une ville où même pour un appart de 9m2, – 9 mètres carrés, c’est 3 mètres par 3 mètres et, oui, ça existe – une soixantaine de personnes s’arrachent les yeux, comment accepter l’idée qu’un immeuble de 2500m2, en plein cœur de Paris, puisse être laissé vacant? Combien d’immeubles, à Montréal, sont vides? Me souviens de Préfontaine… Comme quoi, ici tout comme à l’Élysée, la question du logement n’en est pas une qui occupe nos dirigeants. Rions, rions. Si le ridicule tuait, qui nous gouvernerait, dites-moi? J’ai des amis, ici comme là-bas, qui n’en peuvent plus. Ils s’accrochent à la queue d’une chimère qui se meurt de rire en se retournant contre eux. Salaire minimum : 9,50$ l’heure. 40 heures. 380 brut par semaine. Mettons 300$ net. Ça fait 1200 $ par mois, Un logement à Montréal, mettons un 3 et demi, ça coûte autour de 600$ par mois dans Rosemont, 700 $ sur le Plateau. Quand il y en a…
Le discours qui tueEn Arizona, un jeune fou ouvre le feu lors d’une rencontre démocrate. Six morts, treize blessés et, du bout des lèvres, certains observateurs relient l’événement à la rhétorique du Tea Party. Une enquête du FBI est en cours.
Flash-back : septembre 2001, The West Wing. Cette émission américaine qui, au lendemain des attentats du 11 septembre, a diffusé une émission spéciale au cours de laquelle un représentant de la Maison Blanche expliquait à des étudiants qu’il n’y avait aucune différence entre les extrémistes islamiques et chrétiens. Al-Qaïda = KKK., expliquait-il. C’était bien. C’était rafraîchissant. Ça ouvrait des fenêtres et ça faisait souffler sur nos certitudes nauséabondes un petit vent d’air frais. C’est drôle, ces jours-ci, j’ai l’impression que le vent sent le pet.
Oiseaux et poissons mortsQuelques liens qui, lus en parallèle, peuvent faire rire… mais un juste un ti-peu jaune. http://www.activistpost.com/2011/01/fracking-life-out-of-arkansas-and.html#m http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Economie/2010/09/23/011-gaz-schiste-accueil.shtml http://www.reuters.com/article/idUSTRE64K4LP20100521 http://maps.google.com/maps/ms?ie=UTF8&hl=en&oe=UTF8&msa=0&msid=201817256339889828327.0004991bca25af104a22b
Il y a un an, le 12Je me préparais à prendre cet avion qui ne partirait jamais. Je ne savais pas encore que je n’allais pas rejoindre mes amis à Port-au-Prince, que je n’allais pas m’étonner avec d’autres écrivains voyageurs. Que je n’allais pas boire de Barbancourt avant longtemps.
Je viens de voir passer une volée d’étourneaux par ma fenêtre. Gris sur Montréal, trois jours avant ce premier anniversaire sinistre.
Port-au-Prince a tremblé et la mer des Caraïbes, jusqu’en Martinique, était grise. Vagues violentes : nous ne savions pas encore qu’il n’y aurait pas de raz-de-marée.
Dimanche et rien ne bouge. Des écureuils évitent les pattes des chats cachés sous la bâche bleue. Mon balcon sent la vieille pisse de matou dès qu’il ne gèle plus. La terre ne tremble pas. Rien ne bouge, dimanche gris. Et je bois du Saint-James.
Bye byeComme au moins un sur deux d’entre vous, j’ai regardé le Bye Bye, mais sur le net, deux ou trois jours après. J’ai souri, presque tout le long. Pas vraiment ri, par contre. Me souviens plus d’un Bye Bye qui m’ai dilaté la rate, en fait. Peut-être quand j’étais enfant et qu’il était normal de rire de n’importe quoi qu’on ne comprenait pas… J’ai perdu mon âme d’enfant? Tant mieux. Les jokes me font rarement rire, mais la petitesse de certains grands me fait toujours tordre. Je ris comme une dinde sous champignons magiques quand je lis des articles qui font des gros yeux, quand j’écoute des nouvelles qui prennent des voix graves et austères pour nous annoncer un nouveau déficit, une nouvelle réforme, une nouvelle catastrophe. Quand j’arrive en décembre, ces souvenirs de grands rires m’arrachent des sourires si on me les rappelle de belle manière. Ou encore quand c’est vraiment méchant. J’aime de plus en plus les méchants, je pense. Marre des gentils. J’ai souri tout le long du Bye Bye, mais je n’ai ni ri ni grincé des dents. Bye Bye prudent. Mais qui ne l’eut été? Paraît que Jean-René Dufort était pas mal… Pas vu.
