Il m'arrive pourtant de vanter les performances de certains musiciens et interprètes, parce que je les trouve agréables à écouter et à voir. Je ne devrais pas le faire; je ne suis pas un artiste.
C'est d'ailleurs à cause de ma grande ignorance artistique que je n'ai jamais osé me prononcer sur la qualité esthétique des oeuvres d'art qui ont été aménagées à certaines intersections de L'Île-des-Soeurs.
Quand on a aménagé le Carrousel de l'île, en 2005, je me souviens très bien que plusieurs personnes avaient dénoncé cette «horreur». Ma consoeur de l'époque, Toula Foscolos, partageait leur avis, mais je m'étais gardé de porter un jugement sur cette réalisation du créateur Michel Goulet.
J'ai écrit plusieurs articles sur Milieu humide, depuis le lancement de ce projet, mais ils se voulaient explicatifs et informatifs. Avant même qu'un seul coup de pelle n'ait été donné pour réaliser cet oeuvre, Le Magazine avait publié des esquisses sur le projet et en avait décit le concept. Ces illustrations étaient très réalistes, mais à cette époque, aucun lecteur n'avait protesté.
Les critiques sont apparues quand on a vu «pousser» les premières tiges vertes. Malgré ma grande ignorance, j'ai appris, depuis ma tendre enfance, que les goûts ne se discutent pas et je n'ai pas commenté ces réactions. Je me suis contenté d'expliquer le projet et de préciser que l'aspect final de Milieu humide ne pourrait été évalué qu'après la fin des travaux, lorsque les éléments végétaux et l'effet de bruine auraient complété l'aménagement.
Plusieurs citoyens ont soutenu que les tiges vertes constituaient un risque pour la sécurité des automobilistes en obstruant, selon eux, leur visibilité. Cette assertion a été contestée par le service d'urbanisme de l'arrondissement et je partage ce point de vue. D'ailleurs, je circule plusieurs fois par semaine autour de ce carrefour giratoire, sans jamais me sentir incommodé par les prétendus obstacles visuels que constituent ces roseaux artificiels.
Ce qui me semble inquiétant, ce ne sont pas les tiges vertes, c'est la vapeur qui doit en émaner. Les tests réalisés au cours de l'été ont permis de constater que la bruine générée était si dense que la visibilité devenait nulle, à l'approche du carrefour. On a invoqué une défaillance, une pièce défectueuse, des ajustements à compléter, mais les réparations promises n'ont jamais été réalisées.
Le conseil d'arrondissement devrait-il prendre le risque qu'un autre nuage opaque se propage, en plein hiver, autour du carrefour giratoire? Je pense que non. On connait trop les conséquences fatales de certains épisodes de poudrerie, sur nos routes...
Il est facile, aujourd'hui, de blâmer le jury qui a choisi ce projet. Ses membres ont peut-être péché par excès d'audace, en voulant implanter, à L'Île-des-Soeurs, une oeuvre avant-gardiste, à plusieurs égards. Cependant, je le rappelle, les plus grands pourfendeurs du projet se sont abstenus de tout commentaire, quand il a été présenté au public. Qu'est-ce qui les empêchait d'intervenir, avant que les travaux débutent?
Une autre question restera peut-être à jamais sans réponse. Est-ce que Milieu humide aurait été jugé plus esthétique, une fois complété et mis en valeur par la bruine et les plantes naturelles?
J'ai mon opinion là-dessus, mais je me garderai de la divulguer. Je n'en ai pas le droit; je ne suis pas un artiste.
Je ne suis pas un artiste
Quand je vois des humoristes se montrer le derrière, devant une foule en délire, je ne comprends pas l'euphorie des spectateurs. Quand les jurons, les blasphèmes, les obscénités, prennent toute la place dans les textes de certains auteurs, il m'arrive souvent d'en perdre le sens. Mais cela est normal, je ne suis pas un artiste.
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